Les Masculinités dans l’Espace Euro Méditerranéen

OLIVIER : Les mains
C’est par elles que j’entre en contact avec les autres et avec moi-même. Avec elles, l’homme que je suis fait, agit, écrit, évolue: elles définissent le vécu de ma masculinité. Ce sont elles aussi que je vois le plus.

DENIS : Le sexe
Ça me paraît une évidence.

SYLVAIN : Le sillon poilu de mon ventre
Le sillon poilu qui court sur mon ventre. En anglais, nombril se dit aussi “navel”, cela m’évoque un navire et son sillage, je trouve ça mystérieux. Ces poils se dirigent de ma droite vers ma gauche ou de ma gauche vers la droite et ils convergent en une tectonique pileuse.

GIANFRANCO : Les jambes
Les jambes c’est pour marcher ! Ma masculinité est, pour moi, dans cette possibilité d’avancer dans la vie malgré ses vicissitudes. Ce sont mes jambes qui m’ont permis d’affronter la guerre, de fuir en France, de dépasser la pauvreté et le déclassement social de l’immigré, d’aller de l’avant…

PATRICK : Les yeux avec une larme
Dans l’oeil perçant, au coeur même du masculin, la perle des émois. Yin et Yang.

THIERRY: Le regard
C’est une façon de regard – “érection de l’oeil” dit-on – qui fait la masculinité pour moi. Première entrée en contact. Et avec le sourcil, pointe circonflexe !

PATRICE : Les épaules et les cuisses
Parce que c’est là que se concentre la force physique et qu’elle exprime, pour moi, la masculinité. Pour le reste, intellectuellement, affectivement, il n’y a pas de différence…

L’éditeur : presses universitaires de Provence, collection penser le genre
les coordinatrices :
Karine LAMBERT : maîtresse de conférences histoire ( UCA/TELEMME/RUSEMEG)
FATMA OUSSEDIK : Professeur de sociologie (Université d’Alger / CREAD / RUSEMEG)
publication : 2019

SYLVAIN : Le crâne
Le crâne car je fonctionne de façon cérébrale et que ce n’est pas la masculinité qui me définit mais moi qui définit ma masculinité par mes choix, mes angoisses, mes obsessions. Et puis c’est mon arme à moi, c’est là qu’est ma force et ce qui
me sert le plus pour affronter le monde.

OLIVIER : La voix
Ma voix est le grain de ma barbe !

HERVÉ : Le front
Il incarne l’idée de frontalité, de faire front et faire face, d’affronter les choses.
C’est ainsi que je ressens ma masculinité

ALEXIS : Les mains
Ce lien qui sépare et attire.

CLAUDE : Le torse
Le torse parce que c’est à la fois la force et la tendresse. C’est du torse que peut partir la défense ou l’attaque, mais c’est aussi là que ma femme et mes enfants viennent se nicher.

YOUNESS : La pomme d’Adam
S’adresser à sa maman du jour au lendemain avec une voix grave du fait de l’apparition de la pomme d’Adam est un marqueur de masculinité qui n’empêche pas pour autant la douceur que peut revêtir la voix.

EDWIN : Les cheveux
Je suis comme Samson, ma masculinité est dans ma chevelure ! Quand je coupe mes cheveux, c’est comme si une partie de moi se perdait.

Je tiens tout d’abord à remercier mes treize partenaires photographiques qui ont bien voulu se transformer en modèles pour ce travail, de leur intérêt et de leur enthousiasme. J’ai été frappée par cet enthousiasme comme si ce projet leur permettait de dire quelque chose sur eux-mêmes depuis eux-mêmes, en tant qu’êtres singuliers.
Des termes généraux comme masculinité ou féminité m’ont toujours parus chargés de représentations et de stéréotypes. C’est pourquoi j’ai voulu poser à des hommes la question « qu’est-ce qui dans votre corps représente le plus, pour vous, votre masculinité ? ». Quand je regarde un homme ou une femme c’est un être que je regarde. Un être avec sa force et ses blessures, sa sensibilité et son histoire. Sa masculinité fait partie d’un ensemble qui est un corps vivant. De chaque corps émanent beaucoup de choses. Celle qui me frappe toujours, c’est la fragilité de ce corps qu’on ne choisit pas, dans lequel on est voué à vivre et à mourir. C’est avant tout cela que je photographie.
En interrogeant chacun de ceux qui ont participé à ce projet, j’ai été frappée par la singularité, l’intimité des réponses et par leur relation à une histoire personnelle. Je me suis donc mise au service de ces histoires, qui m’ont touchée, en essayant d’en rendre compte à travers la prise de vue. J’ai choisi de travailler sur des corps vécus au quotidien et j’ai opté pour des moyens minimums. Toutes les photos ont été prises en lumière naturelle et « improvisées » dans les lieux disponibles.
Bien sûr, je suis nourrie par les images du corps masculin dans l’histoire de la représentation et mon choix esthétique s’est aussi construit par rapport à elles, mais ce qui m’intéresse dans l’acte photographique est sa relation au sensible. Une fois toutes les photos rassemblées, j’ai opéré un tri en privilégiant un corpus plus que des prises de vue isolées, faisant jouer les photos entre elles. Là aussi s’est située mon intervention en tant qu’artiste.
Même si ce travail et cette approche sont spécifiques par apport à mes autres travaux, ils prennent place dans mon parcours au sens où ce dernier est toujours un questionnement de la réalité à travers ses apparences.

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