par Jean-Paul Gavard-Perret
Dans les pho­to­gra­phie d’Adrienne Arth, diverses asso­cia­tions font à la fois appa­raître et éloi­gner une réa­lité en des jeux de diverses dia­go­nales du fou. Brillante, la pho­to­graphe trouve diverses manières de brouiller les pistes, de mettre en pièces les pon­cifs entre prises et déprises. C’est la rai­son pour laquelle ses images se modi­fient, se réagencent jusque dans et à tra­vers son propre corps. Cela rejoint la ques­tion du lieu où l’on regarde, du point où l’on se trouve. Tout devient fluc­tuant entre dépôts mais aussi débor­de­ments…

Entretien Claude BER
Adrienne Arth, je vous connais bien sous votre nom de scène de Frédérique Wolf-Michaux, mais j’ai envie de vouvoyer Adrienne Arth…Car c’est un aspect de votre création à la fois lié à votre parcours – la metteuse en scène a affaire à l’espace aussi, comme le montrait votre dernière création sur l’Ode Maritime de Pessoa qui vient d’être reprise au Théâtre 95 à Cergy- et distinct, avec lequel j’ai eu immédiatement le désir de dialoguer comme je l’ai fait avec d’autres plasticiens comme Georges Autard, Jeanne Gérardin ou Pierre Dubrunquez…

par Jean-Paul Gavard-Perret
Les photographies d’Adrienne Arth ont la capacité à émerger de la masse : elles intriguent, déroutent. Elles peuvent sans doute déclencher une réaction presque instinctive de plaisir mais tout autant de recul – entendons réflexion. Elles appellent d’autres images (fixes ou non) qui nourrissent notre imaginaire, mais de loin. Et pour égarer le voyeur la photographe met son propre corps à contribution pour brouiller les cartes du tendre.
Elle sait que le nu convoque des lieux communs. Mais Adrienne Arth reprend les images flottantes pour constituer d’autres « clichés »…

par Matthieu Gosztola
Si « parler, ce n’est pas voir » (Maurice Blanchot, L’Entretien infini), s’il existe « une disjonction entre le voir et le dire » (Gilles Deleuze, Pourparlers), l’œuvre d’Adrienne Arth invite à une théorisation de la pratique photographique. Cette pratique du soleil sur le monde.
« Avec la Photographie, nous entrons dans la Mort plate », prévient Roland Barthes dans La Chambre claire. Sarah Moon, de qui Adrienne Arth est fille, même si elle entretient également des liens étroits avec des artistes comme Mario Giacomelli ou encore Saul Leiter…

par Pierre Dubrunquez
Adrienne Arth photographie des scènes, des paysages souvent urbains, des gares, des agoras, des fêtes foraines, des présences captives de leur reflet dans des baies vitrées, des vitrines ; mais aussi le mouvement des vagues, la lumière crue d’un jour de neige ou celle, tamisée, des bars qu’on croirait venir d’un tableau classique. Ces images frappent d’emblée par une force, une fermeté du regard que n’altèrent jamais le raffinement de leur grain, des transparences, des effets de glacis parfois proprement picturaux. Mais qu’ont-elles, au juste, en commun ?…

par Giuseppe Cicozzetti
“L’arrêt de bus”, série d’une grande délicatesse de la photographe française Adrienne Arth, aurait plu à George Brassens. Dans “les passantes” (en italien nous avons une magnifique version de Fabrizio de André) l’auteur français décrit, à travers un splendide hommage poétique, une humanité juste aperçue, – non qu’elle ne serait pas digne d’être caractérisée-, sur laquelle faufiler histoires, souvenirs, suggestions. Tout le monde a une histoire semble nous dire Brassens, et il ne nous suffit pas d’avoir bons yeux et bonne imagination pour lire entre les plis de chaque vie…

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