Autour d’un silence

Ma mère est décédée le 15 février 2020.
Je n’aurai pas pu lui dire au revoir.
Ces dernières images sont celles de sa dépouille. De son silence assourdissant, irrémédiable, définitif.
Je ne sais pas pourquoi j’ai pris ces photos. Un cadavre est nu, vide, dépeuplé. Il ne reste rien de l’être qui l’habitait. Les regardant, je croyais avoir fait mémoire du dernier visage de ma mère, mais ce visage muet ne parlait plus d’elle, il ne disait plus rien. Son silence n’était pas celui de ma mère morte, mais le silence de la mort qui déjà masque le mort.
Le hasard a fait coïncider ce deuil personnel avec des deuils collectifs multipliés par la pandémie. Le silence s’est abattu dans nos rues. Et ce n’est pas le silence de la plénitude, mais celui de la menace.
La mort est inscrite dans notre vie même. Son silence est le revers de notre parole. Le visage muet de ma mère a figuré pour moi le versant absolu du silence dont nous faisons tous un jour l’expérience.
Alors, c’est comme si j’avais voulu ouvrir ce silence. Comme si en fabricant un linceul photographique, je pouvais transformer ce silence, et l’image faire langue à partir de lui.

Adrienne ARTH

Cette série est parue dans la revue de photographie contemporaine NIÈPCEBOOK n°14 en août 2020, éditions Corridor Elephant

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